Avec Noël, osons espérer

Lundi 26 décembre 2016, par Service Communication // Monseigneur Laurent Camiade

À l’occasion de Noël, l’évêque de Cahors s’adresse aux Lotois, les invitant à réfléchir sur le sens de l’espérance.

Au printemps dernier, a eu lieu dans le diocèse, la mission Zachée : la Vierge de Rocamadour a sillonné les villages à la rencontre des Lotois. Quelle suite souhaitez-vous donner à cette action d’évangélisation du territoire ?

La mission Zachée qui a duré trois mois, a beaucoup marqué la vie du diocèse. J’ai souhaité, dès le 3e trimestre 2016, qu’on fasse une relecture de cette mission en union avec le Jubilé de la Miséricorde voulu par le pape François. Quels fruits avons nous recueillis de cette expérience ? Est-ce que cette mission a changé quelque chose dans notre manière d’accueillir et de vivre la Miséricorde ? Qu’est-ce qu’a apporté, aux personnes rencontrées, le passage de la Vierge de Rocamadour ? Les gens se sont mobilisés, ils se sont rencontrés, ils se sont parlés, ils ont prié autour de la Vierge, alors que certains d’entre eux n’avaient pas l’habitude de prier ensemble ni même de se rencontrer. Ce n’est pas un événement banal dans la société actuelle où la tendance du repli sur soi est forte ! Cet événement a entraîné des ouvertures. L’œuvre de Dieu a agi à travers la Vierge Marie qui est là toujours présente. Quelles suites à donner ? Il faut, d’abord, prendre conscience de ce qui s’est passé. Et là, j’attends l’œuvre des paroisses qui doivent retourner les comptes rendus de la mission dans leur secteur. À partir de ces expériences reçues, on pourra se dire si on va relancer d’autres initiatives. Je n’ai pas de projet tout fait pour les suites à envisager. Il faut regarder attentivement ce que le Seigneur nous dit à travers ce vécu.

Quelle est votre principale préoccupation de pasteur pour les prochains mois ? Quels sont les projets diocésains pour l’année 2017 ?

Ma préoccupation est de continuer à accompagner l’ensemble de la vie des paroisses du diocèse. Nous avons plusieurs projets à ce sujet. Avec le conseil presbytéral, nous continuerons l’organisation de fond des conseils paroissiaux. On est en train de se demander s’il peut y avoir partout des équipes d’animation pastorales et sous quelles formes. J’ai évoqué aussi la possibilité de créer des fraternités à l’échelle de chaque village dès qu’il y a un petit groupe de chrétiens capable de structurer la vie chrétienne du bourg. La paroisse à un seul clocher, c’est fini. Ce modèle-là a disparu. Le groupement paroissial comprend dans le Lot, de 3 à 40 clochers selon les superficies et le nombre d’habitants. Il faut essayer d’unifier ces organisations. Tout cela, en vue de former davantage des responsables laïcs qui seront associés, avec les prêtres, à l’animation des paroisses. Appelons-les équipes d’animation pastorale ou autrement. Aujourd’hui, partout en France, le prêtre n’exerce pas tout seul sa charge pastorale. Il ne peut y arriver seul. Il a besoin de personnes relais qui puissent être associées de très près à toutes les décisions. Ainsi, autour de lui, un certain nombre de laïcs va l’aider à ce qu’on appelle l’exercice de la charge pastorale. La charge pastorale, elle, ne peut être déléguée, à cause du sacrement de l’Ordre que le prêtre a reçu en tant que pasteur, envoyé en mission par son évêque. Cet exercice va étendre les responsabilités des chrétiens dans le but d’œuvrer pour le bien de la paroisse pour rassembler le peuple de Dieu.

La fin de l’année, c’est la fête pour beaucoup d’entre nous. Sur le plan humain, que représente pour vous, Noël ?

Dans mes souvenirs d’enfance, je trouvais toujours un moment, après la messe de Noël pour aller en famille. Ce côté humain fait partie de Noël. Cette fête commémore la naissance de Jésus dans une crèche, mystère de l’Incarnation. Et tout ce qu’autour, nous vivons humainement, a du prix à Noël, en particulier ces liens qui se resserrent dans les familles. Noël, c’est aussi ce message du salut qui fait que, où que nous soyons, nous avons la possibilité de vivre Noël comme on l’a toujours vécu ou comme on l’a rêvé.

Pour les chrétiens, Noël est la venue du Christ parmi nous. L’Évangile nous dit, à travers une béatitude, « heureux les pauvres ». Comment oser la proclamer à l’occasion de Noël ?

Je crois qu’il faut la proclamer simplement, en prenant conscience de notre pauvreté. Depuis un peu plus d’an, je suis évêque de ce diocèse, beau par ses paysages, beau par ses richesses du point de vue humain, du point de vue de l’engagement des personnes, du point de vue de la foi qui demeure. Et pourtant, malgré cela, je vois ma pauvreté avec mes limites. En tant que pasteur de ce diocèse, je vois qu’il y a beaucoup de choses qui me dépassent, que je ne sais pas toujours prendre des bonnes décisions. Je vois qu’avec l’aide de Dieu, l’Esprit Saint fait son travail. Heureux les pauvres, c’est justement la joie de savoir que ce n’est pas sur nos propres forces que reposent notre vie chrétienne, notre mission et nos responsabilités. Les parents face à leurs enfants doivent ressentir la même humilité. Il arrive un moment où les enfants échappent aux parents et ne font pas toujours ce qu’ils souhaiteraient. Ils n’arrivent pas toujours à obtenir de leurs enfants tout ce dont ils ont rêvé. À un moment donné, il faut accepter de s’abandonner un peu et de faire des concessions sans laisser tomber l’essentiel. On découvre, alors, la pauvreté de nos capacités et de nos moyens. Oui, Heureux les pauvres. Car, malgré tout on avance, en s’appuyant sur la prière, dans la charité et dans l’amour, en étant conscient de nos limites.

C’est pareil que pour l’accueil des migrants. Dans notre société occidentale, on est beaucoup plus riche que beaucoup de gens. Mais, on n’est pas tout puissant pour accueillir comme on le voudrait avec toute notre générosité. Dans la doctrine sociale de l’Église, transformer la société aujourd’hui, est un long travail, au-dessus de nos forces. Il y a ceux qui ont commencé à écoper la mer avec un dé à coudre et nous, on continue à le faire.

« Heureux les pauvres, le Royaume des Cieux est à eux », c’est faire confiance à Dieu qui fait tout ce que nous ne pouvons pas faire. Jésus qui naît à Noël montre que l’Espérance de tous les peuples du monde entier repose dans le tout petit enfant de la crèche. Heureux les pauvres en cette période de Noël c’est aussi avoir un cœur d’enfant, dépendant mais confiant.

En cette période de fêtes, qu’aimeriez-vous dire aux non-chrétiens du Lot ?

Ce que j’aimerais leur dire, c’est que ma pensée va spécialement vers ceux qui n’osent plus espérer et ceux qui vivent toutes sortes de découragements. Je pense que nous avons tous besoin les uns des autres, que nous pouvons tous, nous donner un sourire, un mot d’encouragement, un geste significatif d’amitié ou de fidélité. Nous pouvons aussi essayer de réparer le mal que nous nous sommes fait. Ce doit être le principal cadeau de Noël que nous pouvons échanger. Je peux aussi vous faire partager ma conviction : Le Seigneur nous a choisis pour servir la paix à laquelle nous aspirons. Dieu nous a montré qu’à Noël, la paix jaillit de l’espoir apporté par l’Enfant Jésus. Ne vidons pas la crèche de son sens. Pour reprendre l’esprit de ma lettre pastorale, j’ai envie, à cette occasion, de dire : Servons nos frères avec un cœur d’enfant.

Propos recueillis par ANDRÉ DÉCUP

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