Introduction à l’Année Sainte de la Miséricorde

Jeudi 7 janvier 2016, par Service Communication // 2016 Année Sainte de la Miséricorde

"De nos jours où l’Eglise est engagée dans la nouvelle évangélisation, le thème de la miséricorde doit être proposé avec un enthousiasme nouveau et à travers une pastorale renouvelée….
L’Eglise a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Evangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous".*

L’Année Sainte (qui se déroulera du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016) a été placée par le Pape François sous le signe de la Miséricorde. Ce sera une Année de Grâce au cours de laquelle le même appel nous est adressé à tous : « Laissons-nous surprendre par Dieu ». « Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères »*. Le but du Jubilé n’est donc pas seulement de réfléchir à la Miséricorde divine, mais surtout de recourir à elle au nom du Christ et en union avec Lui.

La devise du prochain Jubilé est Miséricordieux comme le Père : l’Église contemple en Jésus le visage invisible du Père, elle voit dans la vie et les paroles de Jésus le cœur du Père, et dans le Mystère Pascal toute la profondeur dont son amour est capable. Jésus de Nazareth incarne la Miséricorde du Père. Le don de l’Esprit Saint permet à l’Église de se tourner vers ce cœur et de se nourrir de cet amour qui, face aux infidélités et au péché des hommes, se fait pardon et résurrection aujourd’hui comme hier.

*Pape François

1. La miséricorde et la parole de Dieu

Depuis la libération d’Égypte ‒ « J’ai vu la misère de mon peuple » (Ex 3,7) ‒ le cœur de Dieu qui voit notre misère ne cesse de se manifester et continue de nous proposer son Alliance pour qu’à notre tour nous puissions devenir ses enfants, des hommes et femmes de miséricorde. La catéchèse prend toujours sa source dans la Parole de Dieu qui permet de voir, dans toute l’histoire du Salut, l’histoire du cœur d’un Père qui est « miséricordieux et Dieu de toute consolation » (2Co 1,3), comme il s’était révélé à Moïse dès l’origine (« le Seigneur, Dieu de miséricorde et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité », Ex 34,6).Retour ligne automatique
« Méditer l’œuvre et la personne du Christ, mises en relation avec toute l’histoire biblique de création et d’alliance » introduit dans l’expérience chrétienne. C’est à travers cette histoire faite d’ombres et de lumières que Dieu créateur, qui est amour, se révèle comme il est : fidèle, bienveillant, qui ne reprend jamais sa promesse, qui sait pardonner, qui sait libérer. On pénètre surtout dans l’expérience de la Révélation en fréquentant les Évangiles, les lettres des apôtres jusqu’au livre de l’Apocalypse. Jésus lui-même, dans son être, dans ses actes et ses paroles, permet d’entrer dans toute l’épaisseur du mystère de 5 l’Alliance, car « Jésus Christ ne transmet pas seulement la Parole de Dieu : Il est la Parole de Dieu ».Retour ligne automatique
L’acte ultime et suprême par lequel Dieu met en œuvre sa miséricorde est la mort et la résurrection du Christ, acte où la Trinité se révèle et où se réalisent vraiment les paroles prononcées au Cénacle : « qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9).

2. Le terme "Miséricorde" dans la bible

L’Écriture Sainte contient de multiples termes que les langues modernes traduisent par “miséricorde” ; c’est précisément pour cette raison que, dans les éditions actuelles, on trouve toute une série de variantes telles que “compassion”, “amour”, “grâce”, etc. Dans l’hébreu de l’Ancien Testament, deux mots reviennent le plus souvent : le premier est rehamîm, littéralement "viscères", qui est le pluriel de réhèm, "sein maternel" : il désigne le sentiment profond, viscéral précisément, qui lie deux personnes entre elles pour des raisons de sang et de cœur (l’amour d’une mère pour son enfant : Is 49,15, celui d’un père pour son fils : Ps 103,13, l’amour fraternel intense : Gn 43,30). Retour ligne automatique
Le terme souligne par conséquent la dimension la plus spontanée de l’amour et il renvoie à ce qui est non seulement paternel mais maternel dans l’amour de Dieu. Le deuxième mot est hésèd ; il s’emploie pour exprimer la "bonté", la "piété", la "compassion", en renvoyant toujours à la fidélité de Dieu à l’égard de l’Alliance qu’il n’a lui-même jamais reniée. Retour ligne automatique
Dans le texte grec, le mot le plus utilisé (dans l’ancienne traduction grecque du texte hébreu tout comme dans le Nouveau Testament) est le verbe eleéo, dont dérive le terme éleos qui, dans l’Ancien Testament, correspond habituellement à hésed ; ce terme, comme on l’a déjà dit, signifie "avoir de la miséricorde ou agir avec miséricorde", et se réfère à Dieu. L’autre mot grec est oiktirmòs ("compassion", "piété"), et on peut le rattacher au terme hébreu rahamîm, tout comme un troisième mot, splànchna, dont on retrouve la trace dans le Nouveau Testament.

3. Justice et miséricorde

Si l’on regarde l’histoire du peuple d’Israël, on a l’impression d’une tension permanente et presque d’une opposition entre la miséricorde de Dieu et sa justice, tension qui ‒en réalité‒ manifeste que la miséricorde est non seulement plus puissante mais plus profonde que la justice : « L’Ancien Testament nous enseigne déjà que, si la justice est une vertu humaine authentique, et si elle signifie en Dieu la perfection transcendante, l’amour toutefois est plus "grand" qu’elle : il est plus grand en ce sens qu’il est premier et fondamental. L’amour, pour ainsi dire, est la condition de la justice et, en définitive, la justice est au service de la charité. Le primat et la supériorité de la charité sur la justice (qui est une caractéristique de toute la révélation) se manifestent précisément dans la miséricorde » . On peut dire que c’est lorsque l’amour dépasse les limites de la justice et qu’il parvient à sa vraie grandeur en atteignant son but, qu’il se manifeste comme miséricorde : « Il apparaît clairement que l’amour se transforme en miséricorde lorsqu’il faut dépasser la norme précise de la justice – précise et souvent trop stricte ». La miséricorde n’est pas la négation de la justice ; c’est la justice en surabondance.

4. La miséricorde, un chemin de conversion permanent

Lorsque Benoît XVI a rendu visite aux détenus de la Prison de Rebibbia, il a repris la parabole des ouvriers de la vigne (Mt 20,1-16) pour expliquer combien, en Dieu, la justice est liée à la miséricorde, et que c’est même précisément dans la miséricorde que se réalise parfaitement la justice. Retour ligne automatique
Une conversion permanente nous est demandée pour conformer notre façon de penser à celle de Dieu : « la justice et la miséricorde, la justice et la charité qui sont des piliers de la doctrine sociale de l’Église, ne sont deux réalités différentes que pour nous les hommes qui sommes attentifs à distinguer un acte juste d’un acte d’amour. Pour nous, ce qui est juste, c’est "ce qui est dû à l’autre", alors que ce qui est miséricordieux, c’est "ce que l’on donne par pure bonté". Mais pour Dieu, il n’en est pas ainsi : en Lui, la justice et la charité ne font qu’un ; il n’y a pas d’acte juste qui ne soit aussi acte de miséricorde et de pardon et, en même temps, il n’y a pas d’acte miséricordieux qui ne soit aussi parfaitement juste »

Cet amour qui va au-delà de toute justice humaine, le Nouveau Testament l’appelle agapè et il s’adresse à tout enfant prodigue, à toute misère humaine, surtout à la misère morale, celle du péché.

Mais il y a plus. Cette puissance de l’amour miséricordieux du Père est capable de promouvoir et de transformer en bien toutes les formes de mal existant dans le monde et dans l’homme : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’enlèverai votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36,26). Dieu n’est pas seulement en relation avec l’homme en tant que créateur : « il est aussi Père : il est uni à l’homme, qu’il a appelé à l’existence dans le monde visible, par un lien encore plus profond que celui de la création. C’est l’amour qui non seulement crée le bien, mais qui fait participer à la vie même de Dieu Père, Fils et Esprit Saint »

L’Année Sainte replace l’Église au centre de son identité et de sa mission, dans ce qui est fondamental à une évangélisation véritable, vraiment orientée vers l’homme et vers son salut : « L’Église doit rendre témoignage à la miséricorde de Dieu révélée dans le Christ en toute sa mission de Messie, en la professant tout d’abord comme vérité salvifique de foi nécessaire à une vie en harmonie avec la foi, puis en cherchant à l’introduire et à l’incarner dans la vie de ses fidèles, et autant que possible dans celle de tous les hommes de bonne volonté. Enfin, l’Église ‒ professant la miséricorde et lui demeurant toujours fidèle ‒ a le droit et le devoir d’en appeler à la miséricorde de Dieu, de l’implorer en face de toutes les formes de mal physique et moral, devant toutes les menaces qui s’appesantissent à l’horizon de la vie de l’humanité contemporaine »

En résumé, l’Église est appelée à annoncer la miséricorde par laquelle Dieu le Père nous fait vivre chaque jour dans le Christ son Fils, et par l’œuvre de l’Esprit Saint : Retour ligne automatique
« Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. Elle est la condition de notre salut. Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché »

5. Les œuvres de miséricorde

Il y a quatorze œuvres de miséricorde : les sept premières, dites œuvres de miséricorde "corporelles", ne sont que la reprise pure et simple, et légèrement complétée, de la parabole du Jugement dernier (Mt25,31ss) ; les œuvres spirituelles nous ont été transmises par une tradition qui trouve son origine dans les écrits des Pères de l’Eglise et qui devient probablement définitive, selon les termes que nous lui connaissons, au cours du XIIe siècle. Ce septénaire est l’aboutissement d’une recherche visant à associer complétude et perfection.

Les sept œuvres de miséricorde corporelle :

1. Donner à manger à ceux qui ont faim
2. Donner à boire à ceux qui ont soif
3. Vêtir ceux qui sont nus
4. Loger les pèlerins
5. Visiter les malades
6. Visiter les prisonniers
7. Ensevelir les morts

Les sept œuvres de miséricorde spirituelle :

1. Conseiller ceux qui doutent
2. Enseigner ceux qui sont ignorants
3. Réprimander les pécheurs
4. Consoler les affligés
5. Pardonner les offenses
6. Supporter patiemment les personnes importunes
7. Prier Dieu pour les vivants et pour les morts

Le baptisé a le devoir de réaliser la tâche d’annonce et de témoignage qui est plus que jamais urgente dans notre société, à bien des égards, "païenne". La deuxième œuvre de miséricorde spirituelle (enseigner ceux qui sont ignorants) n’est pas la seule qui concerne les baptisés.
L’Année Sainte qui s’ouvre invite par conséquent tous les baptisés à redécouvrir et à actualiser l’ensemble des œuvres de miséricorde ‒ corporelles et spirituelles- et à les traduire dans leur vie et leur mission, ainsi que dans les choix et priorités de leur ministère. Depuis la première œuvre de miséricorde (donner à manger à ceux qui ont faim) jusqu’à la dernière (prier Dieu pour les vivants et pour les morts), l’invitation qui nous est adressée, c’est de comprendre que le véritable service l’homme contemporain consiste à lui annoncer et à lui témoigner du sens ultime de la vie : le don d’un salut capable de vaincre la mort, et donc de donner du sens et du poids au quotidien.

6. Miséricorde et salut

« Une légende juive ancienne, tirée de l’ouvrage apocryphe La vie d’Adam et Ève, raconte que durant son ultime maladie, Adam aurait envoyé son fils Set, accompagné d’Ève, dans la région du Paradis pour aller y chercher l’huile de la miséricorde afin qu’on puisse l’en oindre et ainsi qu’il guérisse. Après que tous deux aient beaucoup prié et versé de larmes en cherchant l’arbre de vie, voilà que l’Archange Michel leur apparut pour leur dire qu’ils n’obtiendraient pas l’huile de l’arbre de la miséricorde et qu’Adam devrait mourir. Des lecteurs chrétiens ont ultérieurement ajouté à ce message de l’Archange une parole de consolation. Il aurait dit que 5 500 ans plus tard viendrait le tendre Roi et Christ, le Fils de Dieu, et qu’il oindrait de l’huile de sa miséricorde tous ceux qui auraient cru en Lui. "L’huile de la miséricorde sera donnée d’éternité en éternité à tous ceux qui seront re-nés de l’eau et de l’Esprit Saint. Alors le Fils de Dieu plein d’amour, le Christ, descendra dans les profondeurs de la terre et conduira ton père en Paradis, près de l’arbre de la miséricorde" »
Pour être miséricordieux comme le Père, il faut que nos paroles et notre vie reflètent toute la beauté et la grandeur de la vocation baptismale, le don du salut et de la vie éternelle. Il n’y a pas que le catéchuménat qui doive le faire, mais cela incombe à toute forme d’annonce et d’approfondissement de la foi.
Nous sommes appelés à rendre présent le Ressuscité. Le Christ se rend présent et manifeste le visage miséricordieux du Père dans l’amour concret de ceux qui sont appelés à « s’aimer comme lui-même nous a aimés » (Jn 15, 12) :
« Comme on peut le remarquer, la miséricorde est, dans l’Écriture, le mot-clé pour indiquer l’agir de Dieu envers nous. Son amour n’est pas seulement affirmé, mais il est rendu visible et tangible. D’ailleurs, l’amour ne peut jamais être un mot abstrait. Par nature, il est vie concrète : intentions, attitudes, comportements qui se vérifient dans l’agir quotidien. La miséricorde de Dieu est sa responsabilité envers nous. Il se sent responsable, c’est-à-dire qu’il veut notre bien et nous voir heureux, remplis de joie et de paix. L’amour miséricordieux des chrétiens doit être sur la même longueur d’onde. Comme le Père aime, ainsi aiment les enfants. Comme Il est miséricordieux, ainsi sommes nous appelés à être miséricordieux les uns envers les autres »
La vraie conversion à Dieu suppose de se nourrir constamment de sa miséricorde pour apprendre à être, à notre tour, "miséricordieux". Basile le Grand disait : « Ta miséricorde envers le prochain te fait ressembler à Dieu ».

7. Réciprocité et communion

Un autre caractère particulier de la miséricorde apparaît ici : la réciprocité.
L’amour miséricordieux n’est jamais unilatéral, même si on peut avoir l’impression du contraire – par exemple pour un père qui prend soin de ses enfants et les éduque, pour un médecin qui soigne un malade, pour un catéchiste qui donne de son temps et de ses forces à la communauté.
Comme Paul le souligne à propos de la collecte à Jérusalem (2Co 8), celui qui donne reçoit toujours. C’est en cela que se révèle la nature de tout acte de miséricorde : « nous devons aussi purifier continuellement toutes nos actions et toutes nos intentions dans lesquelles la miséricorde est comprise et pratiquée d’une manière unilatérale, comme un bien qui est fait aux autres.
Car elle n’est réellement un acte d’amour miséricordieux que lorsque, en la réalisant, nous sommes profondément convaincus que nous la recevons en même temps que ceux qui l’acceptent de nous. Si cet aspect bilatéral et cette réciprocité font défaut, nos actions ne sont pas encore des actes authentiques de miséricorde ; la conversion, dont le chemin nous a été enseigné par le Christ dans ses paroles et son exemple jusqu’à la croix, ne s’est pas encore pleinement accomplie en nous ; et nous ne participons pas encore complètement à la source magnifique de l’amour miséricordieux, qui nous a été révélée en lui »

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