Evangile du dimanche 30 mars 2014

Mardi 25 mars 2014, par Service Communication // Enseignements

Evangile de dimanche 30 mars : Jn 9, 1-41 (texte à la fin du commentaire)

A la différence des autres miracles : celui-ci n’est pas dû à une demande, mais c’est Jésus qui prend personnellement l’initiative, ce qui est rare dans les Evangiles. Ca interpelle les disciples :
Rabbi, pourquoi cet homme est né aveugle ? Est-ce lui qui a péché ou ses parents ? … Déjà la nuit approche et personne ne pourra plus voir : la question des disciples est bien celle de tous les temps : « qu’ai-je fais au Bon Dieu ? ». En présence du Mal, nous cherchons une « explication » et nous désirons trouver un « coupable ». Même en cas d’accident météorologique, on cherche toujours un coupable… C’est incroyable.
Les anciens se contentaient d’une théorie un peu simpliste : le mal vient du péché. Mais Jésus refuse de poser ainsi le problème (contrairement à nous). En plus, comme toujours, il n’impose aucune explication : le mal reste inacceptable et injustifiable.
La seule réaction normale : la plus humaine, c’est de travailler à supprimer ce mal autant que nous le pouvons. Et ce combat contre la souffrance n’est pas inutile, n’est pas voué à l’échec, car Jésus nous révèle que c’est le combat même de Dieu ! D’ailleurs, St Jean précise bien que ça se passe dans un lieu appelé « Envoyé », c’est-à-direle lieu de révélation pour quoi Jésus a été envoyé : combattre le mal et la souffrance.
Jean se donne la peine de nous expliquer le sens du mot « Siloé », qui signifie « envoyé ». Or, dans les cas semblables, les autres lieux, il ne donne pas le sens des mots. Cela veut dire qu’il y attache une grande importance : effectivement, tout cet épisode de l’aveugle-né est centré sur Jésus, sa personne et sa mission. Depuis le début du Carême, les Evangiles creusent le mystère de qui est Jésus Christ : vrai homme aux tentations du désert, vrai Dieu à la Transfiguration, dimanche dernier il nous disait qu’il était le Messie, 100% homme et 100% Dieu. Aujourd’hui (et dimanche 06 avril)i, sa mission : nous libérer du péché (et de nos aveuglements, même s’ils sont de naissance, dimanche 30 mars ; et la revivification de Lazare, où Jésus a pouvoir sur la mort)… on avance !
Envoyé ? Par qui ? D’où vient-il ? Qui est-il donc ? Ce sont des questions qui ont traversé les Evangiles et les siècles. Et cette question est importante ici, car au moment où se passe cet épisode, il va apparemment avoir la « fin » que chaque personne connaîtra : il sait qu’il va mourir (« déjà la nuit vient ») et qu’il doit agir tant qu’il est dans le monde.

Le thème de la nuit est présent chez Jean :
-  La mort que Jésus prévoit : se passera à travers la haine de ses adversaires :
o Jn 7.19.32.44 : « Pourquoi cherchez-vous à me tuer ? (…) Les pharisiens envoyèrent des gardes (…) certains d’entre eux voulaient le saisir »,
o Jn 8.59 : « ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter  ».
-  Ce sera la victoire apparente du Mal, de la nuit  : Jn 13.30 : « Aussitôt après que Juda ait trempé son pain, et la bouchée prise, il sortit. C’était la nuit  ».
-  Mais les ténèbres ne peuvent pas arrêter la lumière : Jn 1, 5.9 : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. Il était la lumière véritable, qui éclaire tout homme, venant dans le monde".

Jésus cracha au sol et il fit de la boue : on a une description concrète qui trahit le témoin oculaire qu’est Jean. Jean est un théologien de génie, mais aussi un liturge : cet aveugle de naissance, au-delà de son émouvant cas personnel, est vraiment le signe de l’humanité plongée dans la nuit du péché quand elle ne connaît pas Jésus. Humanité convoquée dans un lieu concret (ici la piscine de Siloé) pour reconnaître que Jésus est envoyé pour nous libérer de souffrances sans signification. Jean nous montre clairement que Jésus pose un sacrement ; avec des signes concrets et visibles, Jésus détruit les forces de mort par une action invisible de Dieu, mais qu’on peut saisir par des réalisations extérieures visibles. Jean a bien saisi le symbole du baptême qui lave et illumine.

Ce qui intéresse Jean, ce n’est pas le miracle en lui-même (raconté sobrement en 3 lignes seulement), c’est le sens qu’en donne Jésus pour révéler qui il est, et que révèle le nom mystérieux de cette piscine. Siloé signifie en hébreu « Shilloah », l’Envoyé… Mais par qui ? D’où l’immense controverse qui va suivre. Apparemment Jésus sort de scène juste après le miracle accompli, mais c’est de lui qu’il va être question au cours d’un étrange procès.

C’est pour cela que la rencontre entre Jésus et l’aveugle se déroule en 3 temps :
-  1er temps  : Jésus fait de la boue et l’applique sur les yeux de l’aveugle. Il pose ce fameux geste du potier. Cela rappelle le potier de la Création. Dieu a modelé Adam avec la poussière du sol. Jésus ouvre à une nouvelle Création.
-  2ème temps : l’aveugle va se laver lui-même à la piscine. Et c’est à ce moment, quand cet homme fait confiance et utilise sa liberté pour obéir à un ordre de Jésus, que l’action de guérison de Jésus se manifeste en lui. Ca veut bien dire que ce n’est pas de la magie. Sans notre liberté, le Christ ne peut rien faire. Mais sans Lui, nous en pouvons rien faire « sans moi, vous ne pouvez rien faire, mais rien n’est impossible à Dieu  »… à part d’aller contre notre liberté ! Nous pensons aussi au baptême.
-  3ème temps : la seconde entrevue. Cette fois, Jésus ouvre l’aveugle à une autre lumière, celle de la foi. Dieu avait modelé l’homme avec la poussière du sol mais contrairement aux animaux, il a insufflé uniquement à l’homme un souffle de vie… Souffle : on pense à l’Esprit Saint. C’est cela l’œuvre de Dieu : la Création, oui, mais surtout la proposition de partager son souffle, sa vie même. « je suis venu pour que vous ayez la vie en plénitude ». Seul Dieu a la vie en plénitude ! Et cela ne peut s’achever qu’en Jésus Christ ! Modelé par Dieu au jour de notre naissance, nous recevons le souffle de l’Esprit Saint lors de notre baptême, pour une nouvelle Création en Dieu !

Ceci étant dit, nous assistons à un procès, entre le miracle et la dernière entrevue de Jésus et cet homme, en quatre interrogatoires : et à la fin, Jésus reviendra pour faire le procès de ses adversaires.

1er PROCES : ses voisins.
Ce sont les voisins qui mènent la 1ère enquête ; que s’est-il passé ? Comment ça s’est passé ? Pour le moment, nous sommes seulement à un mouvement naturel de curiosité sympathique.
Aujourd’hui, il y a un grand nombre de nos contemporains qui ne s’intéressent à Jésus que jusque-là : on constate un fait, mais on ne veut pas se compliquer la vie et on ne va pas plus loin. L’aveugle guéri, lui, revient de très loin : notons qu’il ne sait encore rien de Jésus. Il sait seulement qu’on le nomme Jésus.

2ème PROCES : les pharisiens qu’on amène.
Devant Jésus l’opinion est divisée : certains sont « pour », d’autres sont « contre ». L’homme de bonne volonté, lui, commence lentement à progresser. Ce sont d’ailleurs les tracasseries de ses enquêteurs qui le poussent à aller plus loin. Lui, il constate qu’il a retrouvé la santé et ça devrait suffire. Il doit être étonné qu’on ne se réjouisse pas avec lui. Alors il creuse pour comprendre. Il affirme maintenant : c’est un prophète.

3ème PROCES : les juifs qui ne veulent pas croire au miracle.
Une autre attitude face à Jésus : c’est la dérobade. On refuse de se poser certaines questions dérangeantes voire compromettantes, qui bousculeraient trop mes certitudes et mes sécurités. Ne suis-je pas souvent dans cette catégorie ? Que ferait-on pour ne pas avoir d’histoires !

4ème PROCES : pour la 2ème fois, les pharisiens :
Avec la répétition de « savoir » : nous savons, nous / une chose que je sais / nous, nous savons / Nous ne savons pas / Vous ne savez pas / comme chacun sait.
Les pharisiens s’enfoncent dans leur système : ils SAVENT, c’est le mot qu’ils répètent. Admettre la nouveauté d’un homme qui viole le Sabbat serait mettre en péril leur système de doctrine. Ils nient l’évidence et ils commettent le seul péché qui existe selon St Jean : refuser la foi, être volontairement incroyant, se boucher les yeux sur le mystère de Jésus.

Remarquons l’utilisation subtile du verbe « savoir » : par lequel se manifestent les ouvertures à la foi
-  Les parents : savent que c’est leur fils, mais ils ne veulent pas savoir qui lui a ouvert les yeux pour ne pas se compromettre.
-  Les pharisiens savent : que Jésus est un pécheur, et savent que Dieu a parlé à Moïse. Mais ils ne veulent pas savoir d’où est venu Jésus.
-  L’aveugle : ne sait pas où est parti Jésus. Il ne sait pas si c’est un pécheur, mais il sait qu’il a été guéri, il sait que Dieu n’exauce pas les pécheurs. La question est de savoir, pour nous, qu’est-ce que nous acceptons de savoir ou de ne pas savoir… si nous sommes à la recherche de la vérité (je ne sais pas, légitimement, mais je cherche honnêtement à savoir), si nous sommes bloqués sur nos savoirs.

Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Il dit « je crois, Seigneur » : alors que les pharisiens se sont enfermés dans leur incroyance, l’aveugle n’a pas cessé d’avancer dans sa foi. Et nous remarquons que cette foi n’atteint son sommet que sur l’initiative et la question personnelle de Jésus lui-même. Toutes les questions que les adversaires lui ont posées le faisaient avancer, mais la vraie profession de foi n’aboutit que par la rencontre personnelle de Jésus. Et nous ? Est-ce que notre foi progresse, à l’imitation de celle de l’aveugle ?
-  Au début : on est seulement devant l’homme qu’on appelle Jésus,
-  Puis : on découvre un prophète,
-  Puis : quelqu’un qui vient de Dieu,
-  Enfin : le Fils de l’Homme et le Seigneur.
Voilà la revanche de Dieu : le pauvre malheureux, persécuté car sa guérison dérange au lieu de susciter de la joie, a trouvé le seul vrai bonheur. Aveugle de naissance, pas très aidé par ses voisins, pas soutenu par ses parents, chassé de la Synagogue comme un pestiféré… mais quelle joie de croire !
Je suis venu en ce monde pour un jugement : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et ceux qui voient deviennent aveugles : c’est ce qui s’est passé ! C’est le renversement complet des situations : le « péché » n’est pas là où les pharisiens le mettaient, eux qui méprisaient ce sale pécheur marqué depuis sa naissance… et le vrai aveuglement n’est pas non plus où ils le mettent. Ce sont eux les aveugles, les seuls à refuser de voir ce qui leur crève les yeux : le salut et le bonheur pour tout le monde sans exclusion. Jésus nous interpelle sur notre manière de voir, de juger ou d’exclure…
Remarquons l’affirmation de Jésus  : ce n’est pas Dieu qui les condamne, ce sont eux qui se sont condamnés. Le Jugement ne vient qu’officialiser clairement ce que notre liberté a choisi, ce qu’ils ont décidé librement.
La personne de Jésus force à faire un choix radical : il faut choisir ! Dans St Jean, il y a un jeu constant entre les deux verbes « voir » et « croire ». On a beaucoup de signes qui invitent à croire (le mot « signe » est synonyme de « miracle » chez St Jean ; « miracle » n’apparaît jamais dans cet Evangile).
Et Jésus, ici, affirme avec force que les pharisiens sont inexcusables de ne pas croire parce qu’ils ont vu des signes : puisque vous avez vu, votre péché demeure…

Nous qui voyons des signes (ou qui refusons de voir des signes pourtant omniprésents), cette affirmation de Jésus nous concerne : allons-nous rester indemne de cet Evangile et repartir sans rien changer dans notre manière de vivre ???

Père Franz

Texte de l’Evangile Jn 9, 1-41 :
En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui.
Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir.
Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle,
et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.
Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer - car il était mendiant - dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ’Va te laver à la piscine de Siloé. ’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »
On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. »
Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voie maintenant ? »
Les parents répondirent : « Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »
Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.
Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.
Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ’Nous voyons ! ’ votre péché demeure.

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