Face au terrorisme

Dimanche 25 janvier 2015, par Service Communication // Le mot de notre curé

Le terrorisme est une forme de violence qui n’est pas nouvelle. Mais les attentats du 7 janvier 2015 invitent à reprendre la réflexion à son sujet, non sans rappeler que, par le nombre des victimes et la charge symbolique de l’hebdomadaire ciblé, ces attentats sortent du cadre de ce qu’on appelle d’ordinaire terrorisme. On parle de guerre.

Nécessité d’une définition
Parmi toutes les formes de violence à objectifs politiques, qu’est-ce donc qui caractérise le terrorisme ?
Est terroriste tout acte de violence qui a pour premier objectif d’inspirer une peur intense, afin de récolter les bénéfices politiques de cette peur. C’est pourquoi la forme la plus classique du terrorisme est l’attentat dit indiscriminé, celui qui frappe au hasard dans une population, sans viser personne en particulier. Car si la violence frappe au hasard, chacun se sent menacé. L’expression terrorisme aveugle est en somme un pléonasme.

Le jugement éthique : non, sans appel
Il importe de réaffirmer que le terrorisme n’est pas une violence comme les autres.
Ce qui spécifie le terrorisme est de l’ordre des moyens : la violence aveugle, l’attentat indiscriminé, la prise en otage de gens choisis au hasard. Or, sur ce point, le jugement éthique est clair : sauf à admettre que la fin justifie les moyens, il n’est jamais permis de s’en prendre délibérément aux non-combattants, c’est-à-dire aux personnes qui ne sont pas des agents d’une agression jugés dignes de mort par le terroriste. Dans l’expression violence aveugle, c’est le mot aveugle qui signe ce que le terrorisme a de particulièrement inacceptable.

Comprendre sans excuser
La question n’est pas de comprendre les motivations des individus, mais de s’interroger sur les causes profondes de l’émergence d’un terrorisme : Il est non seulement licite mais moralement nécessaire d’ouvrir une recherche et un débat sur tous les facteurs (de natures très diverses : économie, politique, culture, religion, sociologie, etc.) qui aident à comprendre pourquoi l’islamisme radical se développe précisément en notre époque, pourquoi on trouve dans certaines catégories de population des volontaires pour commettre des attentats suicide, pourquoi une partie du monde éprouve des sentiments d’hostilité envers les Etats-Unis ou, plus largement, envers l’Occident perçu comme chrétien, etc.

Résister sans se renier
Eviter la réitération d’actes terroristes, c’est évidemment un objectif politique légitime, et même un devoir moral. En revanche, un simple souci de cohérence invite à veiller aux conséquences des actions entreprises pour mettre les terroristes hors d’état de nuire à nouveau : il faut éviter que de telles actions, par leur nature et leurs conséquences, ne constituent des obstacles aux changements qui, sur le long terme, sont indispensables pour tarir le recrutement des terroristes de demain.

Défi pour la démocratie
Le terrorisme constitue, dit-on, un défi pour la démocratie. Il est vrai que l’attitude à adopter face aux actes terroristes, les arbitrages à rendre entre divers types de politiques antiterroristes renvoient à des débats importants sur les fondements d’une société démocratique : privilégier plutôt la sécurité ou plutôt la liberté, accepter des risques plus ou moins importants, aller plus ou moins loin dans les mesures d’exception, cela relève d’options véritablement politiques et éthiques. Tant qu’une démocratie en débat sereinement, on peut dire qu’elle relève avec succès le défi terroriste.

Jean-Pierre Delmas, votre curé.

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